La colère des aubergines, Bulbul Sharma - Fashion Victim
Pour la deuxième réunion du fameux Club des Théières, nous avions choisi, chers happy few, dans les nombreux thèmes proposés, celui de la cuisine. A nous donc de lire un roman en rapport avec la cuisine, que ce soit dans l'intrigue, le thème ou le titre. Et, comme je n'aime pas être prise en défaut deux fois de suite, j'avais cette fois-ci consciencieusement fait mes devoirs et lu :

La colère des aubergines de Bulbul Sharma.
Il s'agit d'un recueil de 12 "récits gastronomiques" dont chacun tourne autour de la cuisine indienne. Chaque nouvelle est suivie d'une ou plusieurs recettes de cuisine qui permettent de réaliser les mets décrits dans la nouvelle : au total le recueil comporte 25 recettes de cuisine indienne traditionnelle, des aubergines bharta (un must personnel) au biryani (riz, légumes et viande), en passant par les curry divers et variés, les pakora, les dâl et autres halva ou khîr.
Je ne sais pas vous chers happy few, mais moi j'adore la cuisine indienne. Aussi, quand le thème a été donné par la grande prêtresse du club, j'ai tout de suite pensé à ce recueil qui me faisait de l'oeil depuis la critique de Sophie, qui disait que c'était un livre "qu'on aimerait bien manger". Et j'ai vraiment beaucoup aimé ce recueil : les nouvelles, par le biais de la cuisine, nous font entrer par une porte dérobée dans le quotidien des femmes en Inde. Qu'elles officient seules dans un antre interdit à tous (comme le faisait la grand-mère de l'auteur, qui est l'héroïne de l'avant-propos) ou qu'elles régentent des domestiques, la cuisine est le lieu où règnent les femmes, parfois en tyran (comme Buaji dans De l'or en barres, la première nouvelle, dont les descriptions de victuailles bien rangées m'ont rappelé le tome 4 de La petite maison dans la prairie, dont j'adore les descriptions du cellier). La tyrannie peut s'exercer aux dépens des hommes, comme dans la nouvelle assez cruellement drôle, En sandwich, où un homme, pour satisfaire à la fois sa femme et sa mère, doit ingurgiter ses (mauvais) repas en double. Si bien cuisiner est un atout pour la jeune fille à marier, cela peut se révéler un piège comme pour Bala, la parente pauvre que toute la famille se bat pour ne pas héberger jusqu'au jour où on découvre ses talents culinaires et où on l'empêchera de se marier afin de pouvoir continuer à l'exploiter (Un goût pour l'abnégation).
Les nouvelles présentent un large éventail de l'utilisation possible de la gastronomie : concours de repas avant un mariage dont les invités font les frais (Concours d'agapes), oragnisation d'un pique-nique nocturne (Le poisson-lune) ou encore cérémonie du shradha en l'honneur d'un défunt (Qui meurt dîne). Certaines nouvelles, un peu différentes, se servent de la nourriture comme d'un prétexte pour explorer la psychologie des personnages, comme L'épreuve du train qui voit un homme perdre momentanément son emprise sur les femmes de la maison ou Festin pour un homme mort, qui met en scène un chef de village polygame et exigeant que la femme laide qui l'aime en secret nourrira jusqu'à sa mort, alors que tous l'ont abandonné. La dernière nouvelle, Son pesant de sucre est assez terrible : elle montre comment la douleur de la femme délaissée par son mari adultère la pousse à la boulimie.
Grâce à la gastronomie, c'est un petit pan de la culture indienne, de la place des femmes et de leurs relations avec les hommes qui se dessine. Un régal, chers happy few!