John Le Carré, La maison Russie - Lucile

Publié le par Le club des théières

J'ai presque honte de le dire, mais j'ai lu ce livre pour le Club des Théières du mois de juin. Enfin, j'avais prévu de lire ce livre pour le 20 juin, quoi. Et je le finis seulement. Oui oui, nous sommes presque à la mi-juillet, moi non plus je n'en reviens pas! Donc encore une fois je suis à la bourre et ce n'est rien de le dire! Le titre de ce billet, une phrase qui revient souvent dans le roman, tombe donc pile poil! :D

Pour rappel, le thème du dernier club des Théières était "les figures géométriques" et on se demande pourquoi vu la latitude que se sont donnée les théières (voir les liens vers leurs billets à la fin de celui-ci)... A part Emeraude et à la rigueur, on ne peut pas dire que nous ayons été extrêmement pointilleuses dans nos choix de lectures... Moi-même j'ai sauté sur un nom d'auteur dans le thème (sur une idée origéniale de Tamara, rendons-lui ce qui lui appartient!) en me saisissant de ce Le Carré dans ma PAL...

Enfin, je vais quand même finir par vous parler de La Maison Russie, ma première expérience de roman d'espionnage, plutôt encourageante je dois dire, ne vous fiez pas au temps de lecture!!

L'histoire se passe pendant la période de la glasnost (en russe, la traduction littérale est "possibilité de parler"... C'est une politique de transparence en somme) mise en place par Gorbatchev en 1985 pour mettre la pression sur les conservateurs du parti qui étaient opposés à sa politique de restructuration économique (Perestroïka). A cette époque, des échanges est-ouest se développent dans une ambiance pseudo-cordiale mais les espions sont partout des deux côtés. En témoigne le récit que voilà...

Barley, un éditeur anglais plutôt médiocre, reçoit lors d'une foire du livre à Moscou et via différents intermédiaires 3 carnets couverts de signes cyrilliques et anglais et une lettre. Celle-ci l'enjoint, en vertu d'une promesse ancienne, de publier le contenu de ces carnets qui mettra enfin un terme aux mensonges du gouvernement soviétique. Car ces carnets ne révèlent ni plus ni moins que l'URSS est à la bourre dans la course aux armements et est beaucoup moins avancée que ce qu'elle veut bien laisser croire...

Seulement, dans leur route jusqu'à Barley, ces carnets sont interceptés par les Services secrets anglais - et plus particulièrement par la Maison Russie (le service consacré au bloc soviétique) - et les intéressent au plus haut point. Qui est la source? Doit-on accorder du crédit à ces révélations? Est-ce un piège du gouvernement soviétique? Pour le savoir, ils vont recruter Barley sur cette mission (il deviendra un Joe, comme on dit dans le langage consacré).

J'ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons :
- il n'est pas "tape-à-l'oeil" : ici, pas de "Boum!" ni de "Paf!" ou encore de "Pan! Pan!". Tout est dans le discours, le sang-froid, certes, mais jamais avec une menace physique, une séquestration ou autre. Et cela correspond nettement mieux à l'image que je me fais du "vrai" espionnage que ce qu'on peut voir dans les James Bond, donc déjà j'aime bien!
- les personnages sont humains : ils ont des faiblesses, de l'amour-propre, ils tombent amoureux, se posent des questions, retournent leur veste quand le vent tourne... Même les personnages qui suivent un idéal tolèrent certaines variations, s'arrangent avec les circonstances... Je les ai tous trouvés très crédibles.
- j'ai compris l'histoire! ^_^ Ben oui, quand même, je vous avoue que j'ai eu un peu peur au début de ne pas suivre sur le côté géopolitique : les rapports est-ouest à la fin de la guerre froide, ça m'aurait peut-être évoqué quelque chose en terminale (il y a presque 10 ans!! oh là là!), mais là, je sors mon joker! Hé bien, voyez-vous, Le Carré rend la chose relativement évidente et claire.
- j'ai découvert l'univers de l'espionnage du milieu des années 80. Je ne sais pas ce que ça vaut aujourd'hui, mais Le Carré a tout de même été lui-même espion quelques années avant d'écrire à ce sujet (pour la petite histoire, sa carrière au sein du service de renseignement Britannique prit fin après que sa couverture fut compromise par un agent double œuvrant pour le KGB). Le vocabulaire employé, les moyens qu'ils avaient à leur disposition, les évictions et mises au placard, l'affichage officiel versatile... j'ai découvert tout cela avec intérêt et parfois, je dois avouer, avec un étonnement naïf.

Voilà, donc pour toutes ces raisons c'est un roman que j'ai vraiment bien aimé (sans l'avoir trouvé révolutionnaire, entendons-nous!) et je pense que je ferai de nouveau confiance à Le Carré pour lire un autre roman d'espionnage!

Un petit extrait qui donne le ton :

"Ned lui tendit une liste des divers contacts de Barley dressée par Walter avant son éviction, à partir des interceptions et du rapport de filature. Mary pouvait-elle les mettre sur écoute au plus vite, enfin, tout de suite?
Non, Mary ne pouvait vraiment pas.
- Contourner un peu le règlement est une chose, Ned, mais mettre sur écoute illégale une douzaine de lignes en est une autre. Vous le savez très bien n'est-ce pas?
(...)
Théoriquement, les autorisations d'écoute téléphoniques sont signées par le ministre de l'Intérieur, ou à défaut par son secrétaire d'Etat. Mais il y a une combine, car le ministre a donné pouvoir au conseiller juridique uniquement en cas d'urgence, et à la condition qu'il justifie son acte dans les vingt-quatre heures. Je griffonai l'autorisation, la signai, éteignis le gaz - je faisais bouillir des choux de Bruxelles -, m'engouffrai dans un taxi, et tendis l'autorisation à Mary vingt minutes plus tard. En une heure, les télephones des douze contacts de Barley étaient sur écoute."

Et voilà! Trop facile l'espionnage! :)



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Publié dans Formes géométriques

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